Nos lectures d’été – La sélection littéraire de la rédac’

Nous vous proposons chaque mois notre sélection cinéma et notre playlist… la sélection littéraire se faisait presque attendre ! C’est avec joie que la rédaction de L’Envolée Culturelle vous partage ses coups de cœur livresques de l’été. Un été particulier, où la littérature a pu être source de réconfort et d’évasion. Maintenant, nous sommes en octobre, les températures baissent… le moment idéal pour s’offrir un instant de lecture. (Bannière : © Pinterest)

Kaya :

Les filles de Salem, Thomas Gilbert (août 2018)

Alors oui, tout le monde connait l’histoire de Salem et de ses sorcières. Du vu et revu dirait-on. Arthur Miller avec sa pièce fait dominer une vision de cet épisode en insistant sur un fanatisme et une croyance irraisonnée. Mais les grandes oubliées de sa fable ce sont (comme d’habitude) les femmes qui sont pourtant au centre de ce procès de sorcières, et c’est ce que Thomas Gilbert corrige. Dans son roman graphique, le lecteur suit Abigail, en recherche de liberté, dans monde où la haine des femmes est prégnante. Tout débute avec les premières règles, début symbolique des emmerdes pour cette fille devenue femme aux yeux des hommes. Pas de « eh t’es charmante, salope » dans la ville de Salem, mais des « elle m’a envoutée, au bûcher sorcière ! ». La violence des mots est mise en valeur avec virtuosité par le dessin de Thomas Gilbert et surtout par les couleurs qui indiquent un changement d’atmosphère. Pour Halloween abandonnez les sorcières et laissez-vous entraîner par Les filles de Salem !


Isabelle : 
Les victorieuses, Laetitia Colombani (mai 2019)
Mon coup de cœur de l’été a été le dernier livre de Laetitia Colombani. Dans cet ouvrage, on suit deux histoires qui s’entremêlent. La première : Solène, avocate de 40 ans qui après un burn-out se lance dans le bénévolat. Elle se retrouve un peu par hasard au sein d’un foyer pour femme en difficultés. C’est dans ce lieu qu’elle apprend à connaître, non sans difficultés, les histoires de certaines résidentes et qu’elle trouve sa place pour les aider. Au travers de ses rencontres, on aborde beaucoup de sujets comme ceux de l’exil, des mutilations génitales, les conditions de vie en tant que femme SDF, l’éducation en foyer ou encore les violences conjugales. En parallèle, on découvre l’histoire de Blanche Peyron, cheffe de l’armée du Salut, qui, un siècle plus tôt, se lance dans le projet fou de construire un foyer pouvant héberger des femmes dans le besoin.
Ce roman est poignant et parle non pas de la puissance d’une femme, mais de la puissance de toutes ces femmes, qui, réunies, se battent pour s’en sortir. Je garde de ce roman un souvenir à la fois triste, plein d’espoir et une envie folle de faire partie de ces femmes qui ont aidé à faire changer les choses.


Simon : 
Maintenant comme avant, Juliette Arnaud (août 2019)
Rose a 18 ans, c’est l’été. Quand sa mère débarque, sa mère qu’elle n’avait pas vu depuis… toujours, Rose est choquée, son père ne l’est pas. S’ensuit alors l’histoire de Rose qui déteste Manette, est amoureuse et nous fait part de toutes ses réflexions. Ma phrase préférée reste sûrement : « Elle devait rêver de s’appeler Bonnie ou Janis Kimberly, et biiiiiim ! Marie-Antoinette dans ta gueule. » quand elle parle du prénom de sa mère. Et il ne faudrait pas oublier les magnifiques cuites d’anniversaires qui ponctuent ce livre, tout comme l’alternance entre une écriture en prose et une écriture théâtrale.


Lucile
« Art », Yasmina Reza (théâtre, 1994)
Quand l’amitié est là, présente depuis des années, il est parfois plus difficile d’être honnête envers celles.eux qu’on aime. Nous ne voulons pas les froisser, nous ne voulons pas non plus perdre ce lien qui nous unit, qui est si fort. La pièce de Yasmina Reza ne part pourtant que d’une histoire de tableau, d’un débat entre trois amis. Une œuvre contemporaine qui divise et qui devient petit à petit une affaire d’État. Art, nous montre avec subtilité, sensibilité et humour que les mots prennent tout leur sens quand il s’agit de ne plus les dire, quand il s’agit de les détourner pour ne pas parler de ce que l’on voudrait vraiment.


© Pinterest

Elisabeth : 
Jérusalem Terrestre, d’Emmanuel Ruben (février 2020)
À travers le regard du géographe, se dessine le dessous des cartes des territoires israéliens et palestiniens. Dans ce livre qui se présente comme un témoignage à la première personne, Emmanuel Ruben laisse libre cours à ses réflexions alors qu’il arpente les frontières, les murs, les colonies, les hauts-lieux touristiques, les check-points… À travers ses rencontres, ses observations et ses pensées, on découvre petit à petit le visage défiguré d’Israël et de la Palestine. Grâce à ses chapitres courts et son style enjoué mais précis, on dévore ce carnet de géopolitique : on apprend, on s’indigne, on est surpris, on réfléchit. Oui, ce n’est pas vraiment un livre de plage – à part bien sûr si ce sont les plages interdites d’accès aux Palestiniens, improvisées dans les rues abîmées où s’envolent quelques cerfs-volants au-dessus du mur de séparation.


Candice :
Dans la forêt, Jean Hegland (1996)
Traduit très tardivement en français, seulement en 2017, ce roman doit son second succès à la vague de théories sur l’effondrement de notre société. Il met en scène Nell et Eva, deux sœurs âgées de 17 et 18 ans. Le monde s’est effondré. Nous lecteur.ice, n’en connaîtrons jamais la cause, mais nous pouvons facilement imaginer. Ces jeunes femmes doivent survivre seules, par leurs propres moyens et avec ce qu’elles ont à disposition. Nous aurions tort de le qualifier de roman post-apocalyptique. Bien que la société toute entière se soit effondrée, elles en fabriquent une autre, loin du capitalisme et de la consommation à outrance. Cet ouvrage est aussi une ode à la sororité, à ce que serait un monde sans hommes. 
Terriblement évocateur, peut-être visionnaire, cet ouvrage nous demande de retrouver nos origines, d’écouter la nature. Si nous y sommes attentif.ve.s, elle saura nous offrir ses richesses et nous accueillir.


Marie :
Love me tender, Constance Debré (janvier 2020)
Dans ce roman, il est question de filiation, du lien entre une mère et son fils, de renoncement au monde, de liberté, et d’amour aussi. C’est le récit d’une femme qui n’en est pas tout à fait une, d’une mère qui n’en est pas tout à fait une non plus, une vabagonde alors – préférons ce mot – qui refuse la propriété des choses comme des êtres, qui se lève tôt pour aller nager, sort au restaurant pour ne pas croiser son coloc, mange debout le reste du temps, et rencontre des filles.
C’est un récit où être mère ne va pas de soi, où la marginalité n’est pas subie mais plutôt choisie, pour toucher du doigt, peut-être, une identité un peu hors normes, tant le goût de la liberté est essentiel.


© Pinterest

Manon : 
Orgueil et Préjugés, Jane Austen (1813)
Oui je l’avoue, je n’avais jamais lu Orgueil et Préjugés. Trop conséquent, peut-être. Trop impressionnant, sûrement. Et pourtant, quel plaisir de le découvrir ! Au-delà d’une histoire d’amour très convenue et classique, Jane Austen dépeint et se moque avec ironie, finesse et humour des codes sociaux de la société britannique du début XIXème. Un style piquant, acerbe et subtil qui nous fait dévorer page après page et nous plonge au coeur du regard cynique d’Elizabeth Benneth, deuxième fille d’une fratrie (ou oserai-je dire, d’une « sororie ») de cinq filles, et figure étonnante pour l’époque d’une femme indépendante et à contre-courant de son cercle social et familial.


Pierre : 
Par les routes, Sylvain Prudhomme (août 2019)
L’histoire de Sacha, un écrivain retiré de la ville, qui voyage par procuration. Par les routes raconte comment après des années sans se voir, deux amis se retrouvent. L’un écrit toujours des livres et l’autre continue de faire ce qui le passionne : parcourir les routes de France en auto-stop, comme si rien n’avait changé en vingt ans. Seulement c’est faux, l’auto-stoppeur a maintenant une maison et une famille, qu’il n’hésite pourtant pas à laisser derrière lui quand l’envie lui prend de continuer son exploration de la France. C’est pourtant Sacha que nous suivons, celui qui reste et qui, avec la famille de l’auto-stoppeur, entame une nouvelle vie en ses absences, attendant de recevoir, chaque semaine où il part, des photographies des lieux visités. On est vite pris de vertige par le foisonnement de villages parcourus par l’auto-stoppeur et par cette sensation d’un territoire infini que l’on découvre à travers les yeux d’un autre. Dans la manière qu’il a de raconter ce besoin de mouvement constant, cet appétit pour l’inconnu, le roman touche par sa sensibilité et parle à quiconque a déjà pris, ou voulu prendre la route sans vraiment savoir où aller.

Rendez-vous le 15 novembre pour retrouver la prochaine sélection littéraire de l’Envolée Culturelle ! 

Article rédigé par Candice Grousset & la Rédac 

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