Festival Lumière 2020 : ouverture du bal (masqué)

On n’y croyait plus… La tenue du Festival Lumière 2020 semblait, il y a encore quelques jours, menacée par les nouvelles annonces gouvernementales, plongeant la métropole en alerte maximale. Mais le tapis rouge a bel et bien été déroulé, ouvrant officiellement la 12ème édition de cet incontournable de la vie culturelle lyonnaise. (Bannière : © Festival Lumière 2020)

Au programme de cette édition (un peu) particulière : le prix Lumière décerné à Jean-Pierre et Luc Dardenne, des rétrospectives (Michel Audiard, Joan Micklin Silver), des films sélectionnés à Cannes qui n’ont pas pu être montrés cette année, des invité.e.s d’honneur (Viggo Mortensen, Thomas Vinterberg, Alice Rohrwacher, Oliver Stone pour n’en citer que quelques uns), des masterclass, des expositions… Le tout masqué.e.s et à jauge réduite : des conditions particulières que L’envolée Culturelle a expérimenté lors d’une première séance ce week-end d’ouverture.  

© The Filmmakers production
  • Outrage, Ida Lupino (USA, 1950)

En pleine Amérique puritaine des années 1950, dont la création cinématographique est régie (pour ne pas dire censurée) par le Code Hays, Ida Lupino réalise un véritable ovni plein de finesse et d’intelligence. À une époque où la représentation du crime et de la sexualité est extrêmement contrôlée notamment au sein de l’industrie du cinéma, cette réalisatrice, productrice et scénariste américano-britannique aborde frontalement une question qui, soixante-dix ans après, semble à peine sortir du silence : les violences sexuelles envers les femmes, et le non-consentement.

© Mala Powers dans Outrage.

Ce n’est pas un spoiler : dès les premières minutes, le.la spectateur.ice comprend que l’enjeu principal du film tourne autour d’un viol, qui, à défaut d’être ni nommé comme tel, ni montré explicitement, est suggéré par une mise en scène glaçante qui emprunte aux codes du film noir. Mais le piège dans lequel le film ne tombe pas, et c’est précisément ce qui fait sa force, c’est que le viol d’Ann Walton ne devient pas un seul « prétexte » à une enquête policière derrière laquelle la victime serait complètement effacée au profit d’autres enjeux scénaristiques. Au contraire, le film se joue de la censure en racontant très justement et avec exhaustivité le processus de cicatrisation post-traumatique de la victime : la sidération, la douleur, la peur, l’amnésie, le vide, la colère, le rejet, l’isolement (par soi-même et par les autres), la reconstruction, la confiance à regagner, l’apaisement.

© Ida Lupino dans les années 1940.

Certaines répliques, si modernes, si révolutionnaires, nous frappent, nous spectateur.ice.s de 2020, et nous paraissent presque d’un autre temps. Ida Lupino propose avec Outrage un féminisme, certes des années 1950, mais qui semble encore retentir aujourd’hui et dont certains enjeux, et c’est à glacer le sang, n’ont pas ou peu évolué. Un film absolument essentiel, à mettre entre toutes les mains encore aujourd’hui, qui permet, sinon de comprendre, du moins d’appréhender le long chemin vers la reconstruction.

Outrage, d’Ida Lupino, est encore projeté le mardi 13 octobre à 20h30 au Cinéma Lumière Bellecour, et le vendredi 16 octobre à 21h15 au Cinéma Pathé Bellecour. 

Retrouvez toute la programmation du Festival Lumière 2020 ici.

Et pour réserver vos places, c’est ici !

Article rédigé par Manon Ruffel.

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