« Black Panther: Wakanda Forever » : un film féministe intersectionnel ?

Alors que le dernier film de l’écurie Marvel est en passe de franchir la barre symbolique des trois millions d’entrées après seulement trois semaines d’exploitation, on s’est penché un peu plus près sur le cas Black Panther.

Black Panther: Wakanda Forever est sorti en salle le 9 novembre 2022 en France, dans un contexte particulier puisque l’acteur principal du film, Chadwick Boseman est mort en 2020 suite à un cancer. Le synopsis du film a donc été bouleversé, et c’est Shuri, la soeur de T’Challah et sa mère, qui prennent les rennes du royaume de Wakanda. Le film relate donc l’histoire du Wakanda après la mort subite de son roi, et l’altercation avec un nouveau peuple, d’origine maya vivant sous l’eau. Suite aux révélations du pouvoir du vibranium, existant uniquement au Wakanda, dans le film précédent, les dirigeantes doivent faire face à la convoitise internationale, ainsi qu’à la menace de ce nouveau peuple de l’eau.

Copyright 2022 MARVEL.

Avant d’être forcée par mes colocataires à me rendre au cinéma, je ne m’attendais ni à voir ce film, ni à écrire un article dessus. Pourtant, j’ai été agréablement surprise. Le film commence à la mort du roi T’Challah, ou plutôt de Chadwick Boseman. Le royaume de Wakanda est donc laissé aux mains des femmes proches du roi: sa sœur, sa mère, ses gardiennes. Pendant la première heure du film, on est immergé dans cet univers de femmes de pouvoir qui débattent, qui doutent, qui font preuve de sérieux et de fermeté, sans jamais qu’un homme se mette au travers de leur passage. Les hommes semblent être ceux que les femmes ont toujours été dans les films, des pions, des éléments additionnels. Par exemple, le personnage de M’Baku, chef des Jabaris, une tribu des wakanda n’apparaît que lorsque le film cherche à produire ce qu’on appelle un « comic relief », un temps de pause où le spectateur peut rire, relâcher la tension du film. A part lui, un seul autre personnage important est constamment sur le devant de la scène, c’est le nouveau soi-disant « méchant », Talokan, qui a une histoire complexe basée sur des mythes mayas. Toutefois, ce personnage masculin ne se place pas en position de supériorité face aux femmes, au contraire, et je vous laisserai regarder la fin du film pour comprendre.

Le film passe donc haut la main le test de Bechdel selon lequel pour qu’une œuvre ne soit pas considérée sexiste, elle doit comprendre plusieurs personnages féminins qui ont des scènes sans hommes où elles ne parlent pas d’hommes, ce qui est récurrent dans ce film. Mieux encore, il bouscule les stéréotypes de genre comme lorsque l’on voit Shuri, énervée, prête à tuer. C’est alors M’Kabu qui l’appelle au calme et à la réflexion, rôle qu’on a l’habitude de voir attribuer aux femmes. En fait, voir des femmes s’énerver à l’écran, à l’instar des hommes, est assez rare et montre que ce film cherche à détruire les stéréotypes de rôle de genre tels qu’ils souvent présentés au cinéma.

Copyright 2022 MARVEL.

De plus, l’intersectionnalité dans ce deuxième volet de Black Panther est représentée par les dirigeantes de Wakanda qui sont non seulement des femmes, mais des des femmes noires, généralement victimes d’oppression raciale, pallié à l’oppression sexiste. Aussi, cette vision de femmes noires en leadeuses inspirantes envoie un message d’espoir à tous les spectateurs et spectatrices, notamment  les enfants, venus voir ce film. Oui, une femme racisée peut avoir du pouvoir sans que ça ne choque personne.

Toutefois, la complexité de ce féminisme intersectionnel, si c’est bien ce qu’il est, c’est à vous d’en juger, c’est qu’il est basé sur la mort du personnage principal masculin. L’empire de production Marvel bien huilée, achevant sa quatrième phase de films, est-elle capable de mettre les femmes vraiment sous les projecteurs, sans hommes pour leur faire de l’ombre, uniquement lorsque leurs scénarios initiales ne fonctionnent pas comme prévu ? Car en effet, dans beaucoup d’autres films Marvel, les femmes combattent des hommes, et sont présentes lors de conseil de décision. Toutefois, elles restent des symboles qui mettent en valeur les personnages masculins, comme c’est le cas dans Suicide Squad ou encore Avengers.

Si la question vous intrigue, n’hésitez pas et foncez le voir en salle, pas besoin de connaître l’univers Marvel pour aller voir ce film !

Black Panther: Wakanda Forever, de Stan Lee et Ryan Coogler. Avec Letitia Wright, Angela Bassett, Danai Gurira… Durée : 2h42.

SELENA FREBAULT

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