Arnaud Meunier revisite Voltaire avec sa pièce « Candide »

Mercredi 2 février, nous avons vu Candide, une mise en scène du fameux conte philosophique de Voltaire, cette fois-ci signée Arnaud Meunier. Le théâtre d’Oullins recevait la troupe de comédiens durant trois soirées consécutives – du 2 au 4 février derniers -, cette dernière représentation étant suivie d’une conférence sur la violence et ses enjeux exposés dans l’œuvre.

Un spectacle qui en vaut le détour !

La soirée où nous étions présents, la réception est à son comble ! La salle de théâtre est pleine et nombreux sont les applaudissements à la fin de cette pièce dont les enjeux étaient grands : réécrire l’œuvre en date du dix-huitième, où, à travers le cadre de l’eldorado, Voltaire dénonce l’utopie. Un monde parfait n’existe pas : sont dénoncés les sujets ardents du fanatisme religieux et de l’intolérance, ainsi que les superstitions qui éloignent l’homme de la raison. Ce message est développé d’une manière vive : la violence, motif important de la pièce, est déployée par des effets sonores, de décor et de lumières captivants et des jeux de comédiens époustouflants, le tout avec ton comique. En effet, le rire se laisse entendre, le plus souvent, jusqu’au plus profond de la salle, et se mêle aux moments d’intenses silences, car certaines scènes magistrales, d’autres incitant à une profonde réflexion, nous laissent bouche-bée.

© Sonia Bardet

Un défi relevé par Arnaud Meunier, trois siècles plus tard

Le défi d’Arnaud Meunier de reprendre cette pièce des Lumières était grand, et ce dernier le relève avec brio en lui donnant un intérêt tout neuf grâce au miroir qu’il nous tend sur notre société contemporaine. En effet, les tribulations du protagoniste, Candide, jeune homme sensible et ingénu, ont une résonance particulière sur nos systèmes et idées modernes. Au travers de ses voyages aux quatre coins du monde, des guerres et catastrophes rencontrées, des atrocités vécues, le personnage parcourt un chemin initiatique que le spectateur peut suivre avec autant d’intérêt que le lecteur de Voltaire y voit une réflexion philosophique. Les questions qui peuvent se poser dans le public sont les suivantes : devons-nous accepter les violences qui naissent et se perpétuent dans ce monde ? Le monde dans lequel nous vivons est-il le meilleur des mondes ?

© Sonia Bardet

Le meilleur des mondes possibles (ou pas)

Effectivement, avant le début de la pièce, quelques mots, extraits d’une affirmation de Pangloss, précepteur de Candide, sont affichés en haut de la scène : « le meilleur des mondes possibles ». Dans la pièce, l’élève ne demande qu’à y croire, mais les péripéties qu’il vit s’acharnent à lui démontrer tout le contraire. Arnaud Meunier s’appuie grandement sur ce décalage entre théorie et réalité, et s’inspire d’une transposition en bande dessinée de Joann Sfar (du début des années 2000) pour écrire sa version. Celle qui nous est proposée par le dramaturge dévoile une pluralité de personnages étonnants par leur caractère exubérant et instable. Les comédiens, issus pour certains de la troupe de Saint-Étienne, dévoilent leurs talents d’acteur et de chanteurs, et la musicalité de cette pièce, accompagnée par Matthieu Desbordes et Matthieu Naulleau au piano et à la batterie, coiffés d’habits et perruques baroques, nous donne presque l’impression d’une comédie musicale des temps anciens, entre innocence du plaisir de jouer et ironie voltairienne criante.

L’optimisme, une fin dans la pièce

En résumé, la vision de cette pièce nous apporte un véritable condensé de philosophie. Avec ses relents comiques, la pièce nous distribue une ode joyeuse à l’apprentissage de la vie, et une leçon positive de défi de la raison contre l’obscurité. La dernière scène est certainement la plus poétique, et résume bien le message de cette œuvre : elle rassemble tous les personnages dans un jardin, autour d’un arbre, et du credo suivant : « il faut cultiver notre jardin ». On peut aisément percevoir, à travers ce dénouement, l’optimisme qui est entendu par Voltaire dans son titre « Candide ou l’Optimisme ». L’optimisme n’est pas seulement une fin, mais un moyen mis en œuvre au fil de la représentation : les personnages chantent, dansent, se réjouissent, mais ils s’affligent également, ils réfléchissent, se questionnent sur ce qu’ils vivent, sur leur destinée, sur l’humanité. Ce paradoxe de l’amusement, d’un épanouissement éphémère dans la détresse de l’humanité, ces questionnements existentiels qui mènent à une impuissance qu’on préfère noyer dans l’humour, c’est bel et bien ce qui constitue toute l’ironie du monde décrit par Arnaud Meunier. Pourtant, la pièce ne prône pas le laxisme, mais appelle à la lucidité et à l’action. Face à cette complexité d’ensemble, il revient au spectateur d’en tirer ses conclusions. En attendant, on vous conseille grandement d’aller voir cette magnifique mise en scène d’un incontournable de la littérature. Plus qu’un spectacle de théâtre, il ouvre un débat qui pénètre les esprits au-delà de deux heures de représentation ; et laisse un souvenir impérissable de plaisir de voir, d’écouter et de ressentir !

© Sonia Bardet

Candide sera jouée les 23 et 24 mars à 20h à la Comédie de Saint-Etienne.

JESSICA ROUVEIROL

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