Maid : un drame social à ne pas manquer sur Netflix

Le premier octobre dernier sortait sur Netflix Maid, une mini-série américaine qui s’est rapidement imposée comme une des séries les plus visionnées de la plateforme !

Toutefois, le phénomène outre-Atlantique n’a trouvé qu’un écho limité en France : pour ma part, si j’ai lancé le premier épisode, c’est moins parce que j’en avais beaucoup entendu parler que parce que j’ai été prise d’une puissante envie de compléter ma liste Netflix au lieu de réviser mes partiels. Pourtant, quelle surprise ! Maid est une série rare et puissante qui ne mérite pas qu’on passe à côté.

Copyright Ricardo Hubbs/Netflix

Au milieu de la nuit, Alex Russell (Margaret Qualley) réveille précipitamment sa fille Maddy (Rylea Whittet) afin de fuir Sean (Nick Robinson), un compagnon instable et violent psychologiquement. Or, la jeune femme n’a que 18 dollars en poche, elle est sans emploi, ses amis sont ceux de Sean et elle ne peut compter sur ses parents. Les premières secondes de Maid révèlent ainsi le début d’un long périple vers une existence meilleure marquée par autant d’heures passées à faire le ménage pour de modiques sommes d’argent que dans d’interminables files d’attentes à demander des aides. En bref, la mini-série fait voir une trajectoire de vie quasiment inédite à l’écran, mais loin d’être déconnectée avec la réalité : il s’agit de ce fait de l’adaptation du best-seller autobiographique Maid, hard work, low pay, and a mother’s will to survive de Stephanie Land, paru en 2019.

Mais si les thématiques abordées au cours des dix épisodes sont particulièrement dures, Maid refuse toute maladresse. Alors qu’on pourrait au départ craindre que la série illégitime la décision d’Alex de quitter son foyer parce que son compagnon n’était violent « que » dans ses mots, on réalise rapidement qu’il s’agit des doutes de la protagoniste et non des réalisateurs. On retient finalement, grâce à la bouleversante Danielle rencontrée au foyer pour femmes battues, que la violence émotionnelle est une forme de violence conjugale.

« Avant qu’ils mordent, ils aboient. Avant de te frapper, ils frappent à côté de toi » Danielle (Aimee Carrero)

De plus, ce constat essentiel n’empêche pas le personnage de Sean d’être développé de manière approfondie, devenant bien plus qu’un « mec alcoolique ». Les épisodes renseignent progressivement sur son schéma familial complexe, sans jamais le présenter comme une victime ni remettre en question ce qu’il a fait endurer à Alex toutefois. En définitive, Maid est un équilibre réussi grâce à une écriture des personnages et des dialogues irréprochables.

Or, aussi important que soit un récit montrant la précarité d’une jeune femme en quête de stabilité pour elle et sa fille, Maid pourrait renvoyer l’image d’une série ennuyante, en étant très éloignée des codes glamour de productions Netflix plus traditionnelles. Il n’en est rien. La qualité de la série ne réside pas uniquement dans son fond, mais également dans sa forme. Maid parvient en effet à tenir en haleine de par une capacité à faire tout ressentir au spectateur. On ne regarde pas seulement Alex faire ses courses, on a une boule au ventre qui grossit au fur et à mesure qu’elle compte le peu d’argent qui lui reste et constate tout ce qu’il lui reste à acheter pour répondre aux besoins de sa fille. On profite également des moments plus légers, en vibrant en même temps qu’Alex et Maddy lors de leurs trajets en voiture fenêtres ouvertes et musique à fond.

Le rythme de la série est permis par la performance de l’ensemble des acteurs, tous tellement impliqués dans leur rôle qu’il faut plusieurs épisodes pour reconnaître que le père d’Alex est interprété par Billy Burke (Charlie Swan dans Twilight) ! C’est également le résultat d’un montage original : à chaque dépense d’Alex, un compteur s’affiche en haut de l’écran, renforçant le sentiment d’implication du spectateur.

Tous ces éléments font de Maid une mini-série de grande qualité qui fait pleurer de désespoir comme de joie, souffler de frustration et trembler d’anxiété. Et pour ceux qui l’ont déjà terminée, un peu de patience : la créatrice Molly Smith Metzler a évoqué la possibilité d’une saison 2 axée sur d’autres femmes de divers milieux, un choix en adéquation avec les déclarations de l’autrice ayant inspiré la série, Stephanie Land. Cette dernière rappelle en effet dans ses interviews qu’aussi complexe qu’ait été son parcours, elle a échappé à certaines difficultés en tant que femme blanche et issue d’un milieu éduqué. En bref, on a hâte de voir comment seront traitées ces nouvelles données dans de prochains épisodes.

Maid, une série à dévorer sur Netflix !

LOUISON TURBAN