Une chambre à soi – La sélection litté féminine de la Rédac’

Lundi, nous étions le 8 mars, Journée Internationale des Droits des Femmes. Pour L’Envolée Culturelle, toutes les occasions sont bonnes pour mettre en avant le travail réalisé par des femmes. Mais ce mois-ci, d’autant plus. Il est important d’écouter de la musique faite par des femmes, de voir des films réalisés par des femmes et de lire des livres écrits par des femmes. Car nous ne sommes pas égaux, pas encore. Virginia Woolf dans Une chambre à soi écrivait : “Une femme doit avoir de l’argent et un lieu à elle si elle veut écrire de la fiction”. Thèse incontournable, c’est le premier ouvrage que nous vous conseillons ! (Bannière : © Gloria Shugleva)

Elisabeth :

Les quatre morts de Marie, Carole Frechette (1995)

Puisque les théâtres sont encore fermés, il nous reste les canapés et notre scène intérieure pour faire vivre les pièces. Dans celle-ci, Marie meurt quatre fois : de chagrin, de révolte, d’absurde et de solitude. Étapes de la vie avec ses moments de tendresse et d’épreuves, ses envolées et ses désenchantements. Un théâtre aussi délicieux à voir qu’à lire, dans la langue poétique et charnelle de Carole Frechette. Une pièce touchante où tou.te.s nous pouvons nous retrouver, penser, nous émouvoir.

Du fond de mon coeur je crie vers le ciel, Ximena Escalante (2016)

Une deuxième pièce pour nos longues soirées. La dramaturge mexicaine explore en profondeur toutes les relations féminines : mère et fille, amies, soeurs, amantes, maitresse et servante. Toutes ces relations rejouent avec intensité un rapport d’amour-haine intense, d’attirance et de rejet. Comme des réincarnations au fil du temps d’une seule et même histoire terrible et chatoyante, on avance dans les complexités de la vie et c’est captivant.


Thomas : 

Rodéo, Aïko Solovkine (2020)

Ce livre nous plonge dans le monde péri-urbain de la Belgique, à l’image de ses habitants qui se caractérisent par leur médiocrité. Nous pourrions même dire leur « beaufitude ». Un groupe de jeunes zonards a droit à un éclairage particulier. Il est dirigé par un dénommé « Lucky Strike », un sale type aux tendances satanistes auquel les autres membres ont promis leur loyauté. Le monde que l’autrice nous décrit, au moyen de mots acérés, est froid, boueux, croupi. Tout semble figé à l’état de décomposition. Seule la route a quelque chose de vivant, mais aussi de tragique. Elle croise le destin des protagonistes dont celui de Joy, une jeune femme ambitieuse et consciente de son intelligence, déterminée à sortir du cloaque dont elle est issue, mais aussi celui de Jimmy, un jeune homme que l’autrice tutoie volontairement pour révéler et réveiller sa conscience empoisonnée par l’ennui et la « virilité abusive ». Ce livre nous interroge sur l’humanité à travers une tragédie sociale. Nous ne sortons pas indemnes de cette lecture. Nous sommes un peu secoués par l’horreur décrite, qui est redoublée par l’écriture franche propre à l’autrice. Derrière le mot « racaille », un livre, mais cela va plus loin que ça.


Marie : 

Peau, Dorothy Allison (1994)

J’aimerais vous parler de Peau, un ouvrage que j’ai découvert par hasard l’année dernière, simplement attirée par la belle réédition de Cambourakis. Peau, dont le sous-titre est À propos de sexe, de classe, et de littérature, est un recueil d’essais écrit par la romancière américaine Dorothy Allison et publié aux États-unis en 1994. Peau, c’est une longue traversée dans les pensées de l’écrivaine : de son engagement féministe et militant (activiste pendant les Sex Wars), à ses réflexions sur la littérature (et notamment sur la censure des voix minoritaires), ou encore à son parcours de transfuge de classe (l’arrachement à l’identité familiale) ou de minorité sexuelle : « Non seulement j’étais homosexuelle dans un monde qui hait les homosexuel.le.s, mais j’étais née pauvre dans un monde qui méprise les pauvre. ». C’est toutes ces questions qu’elle aborde, qu’elle croise et confronte, dans la plus grande simplicité de parole, tel un témoignage. 

À lire aussi de la même autrice Deux ou trois choses dont je suis sûre, qui vient tout juste d’être traduit et publié aux éditions Cambourakis toujours.


Simon

La passeuse d’histoires, Sejal Badani (2020)

Quand l’espoir s’effrite et que les larmes commencent à couler, on est perdu. C’est le cas de Jaya, une jeune journaliste qui après ses trois fausses couches et la tromperie de son mari s’effondre de chagrin et retourne vivre chez ses parents. Apprenant que son grand-père maternel qu’elle n’a jamais connu va mourir, elle n’a qu’une idée : partir en Inde et découvrir qui elle est vraiment. Son grand-père est déjà mort à son arrivée. Commence alors un voyage initiatique pour elle. Ce voyage, c’est Ravi qui l’y entraînera. Ravi fait partie de la caste des intouchables qui est vue comme répugnante, mais grâce à la bonté d’Amisha, la grand-mère de Jaya, il a pu devenir le serviteur de ses grands-parents et l’amie de sa grand-mère. On découvre alors en la personne d’Amisha, une personne forte qui n’hésite pas à braver les normes et à sortir du rôle de la femme docile qu’on lui a attribué. Son arme, l’écriture, lui sera alors une aide précieuse dans son désir de s’émanciper. C’est un roman qui m’a fait voyager et je le recommande vivement.


Candice : 

King Kong Théorie, Virginie Despentes (2006)

Alors oui, j’ai lu cet ouvrage en début d’année. Pas avant. Pourtant c’est d’utilité publique ! Virginie Despentes n’est plus à être présentée, c’est une femme que j’admire par sa manière d’en avoir rien à foutre de tout. Je veille maintenant à partager ce manifeste qui, des années avant #metoo explique et décortique les mécanismes de dominations de la société patriarcale sur les femmes. Une vraie révélation pour moi. 


Ambre : 

La familia grande, Camille Kouchner (2021)

(Trigger warning : Inceste, viol)

Pas facile de parler de ce livre, tant il a fait couler d’encre ces derniers mois. Alors je préfère être brève et saluer cette œuvre sincère dont le style d’écriture m’a particulièrement touchée. Camille Kouchner utilise des mots simples, sans s’empêcher parfois quelques envolées poétiques pour raconter l’enfant qu’elle était avec des mots d’adulte. Le courage que demande le partage d’un traumatisme comme celui qu’elle a vécu entraîne une évidente admiration de ma part, et l’espoir d’une prise de conscience générale. 

Poèmes, Sappho, préface de Jackie Pigeaud (2020)

Si le nom de Sappho ne vous dit rien, retenez simplement que sans elle, le vocabulaire amoureux tel que nous le connaissons n’existerait pas. Rien que ça. En effet, la poétesse grecque originaire de l’ile de Lesbos (qui a d’ailleurs donné son origine au mot « lesbienne ») pourrait avoir influencé la grande majorité des poètes que nous connaissons aujourd’hui. De quoi avoir envie de se plonger dans l’œuvre de la poétesse mythique. Si je recommande cette édition particulièrement, c’est pour la préface du philologue et historien Jackie Pigeaud, dont le travail de recherche sur Sappho est l’un des plus complets qu’il m’ait été donné de voir.


Lucile : 

Flipette et Vénère, Lucrèce Andreae (2020)

Deux sœurs, deux combats qui s’opposent : Clara veut diffuser l’art à travers ses photos sans avoir une quelconque interprétation de celles-ci (et surtout pas une portée politique) tandis qu’Axelle donne corps et âme pour le militantisme, s’engage au point de parfois s’oublier. Deux univers qui se confrontent tout au long de l’histoire de cette BD. Des questions et des doutes complètement humains et justes se posent : comment vivre sa jeunesse et évoluer dans un monde aussi flou et incertain ? Faut-il vivre dans le déni ou au contraire se confronter à la réalité en prenant en compte toutes ses complexités ? Une histoire remplie d’émotions et de sensibilité dont on ne peut passer à côté.


Manon : 

Les Belles personnes, Chloé Cruchaudet (2020)

Il est des livres qui croisent votre chemin par hasard. Au détour d’une boîte à livre, par exemple, ou une pile de vieux livres abandonnés sur un trottoir. Ou encore mieux : un cadeau. Car quoi de plus beau et symbolique que de se voir offrir un livre spécialement choisi pour nous ? C’est de cette manière que Les Belles personnes a croisé mon chemin. Offerte par un ami, cette BD de Chloé Cruchaudet, dont l’idée est née lors du Lyon BD Festival 2018, est un petit trésor de beauté. À travers de sublimes dessins à l’aquarelle et aux couleurs pastels, l’illustratrice dessine les portraits de quatorze inconnu.e.s, inspirés de témoignages réels proposés par des contributeur.ice.s. Quatorze héros et héroïnes du quotidien, de ceux.celles qui marquent d’une trace indélébile le cours de nos vies. Une lecture à la fois douce et touchante, qui donne envie de rappeler aux belles personnes de notre propre vie à quel point elles le sont.

Merci à Gloria Shugleva pour ses illustrations !

Rendez-vous le mois prochain pour une nouvelle sélection !

Article rédigé par la rédac’, sur une idée originale de Candice Grousset.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s