Nous, la vague

Cette mini-série dévoile le destin d’adolescents aussi engagés que mal dans leur peau qui cherchent ensemble à changer le monde. Entre l’aspiration vers des idéaux de justice et les dangers d’une spirale destructrice, ils forment La Vague pour lutter contre ce qui les oppresse, quitte à y laisser quelques plumes. Une série aux couleurs de l’hiver, qui souffle un brin de révolte et de naïveté, soulève questions et réflexions : laissez-vous embarquer !  (bannière : © Netflix)

Un pour tous, tous pour un !
L’injustice, la superficialité, la prison, le consumérisme, le harcèlement, le racisme, la pauvreté : leviers de la solitude, du mal-être et de la colère sourde qui envahissent cinq lycéens. Léa, Tristan, Zazie, Rahim et Hagen : tous blessés, tous avec cette rage au ventre combinée à un sentiment grandissant d’impuissance. Tous profondément seuls et incompris. Mais, grâce à Tristan, ils vont se rencontrer et former ensemble la Vague. Ils vont pouvoir crier leur colère et agir contre un monde qui leur est irrespirable. Mousquetaires des temps modernes, ils luttent avec leurs moyens pour un monde meilleur. Les grands méchants sont toujours les mêmes : le capitalisme, le consumérisme, le patronat, le nationalisme… Clichés ? Ou simples enjeux contemporains qui cristallisent les idéaux d’une jeunesse altermondialiste ? Bien sûr, on se sent concerné.e par leurs causes, embarqué.e dans leur révolte, séduit.e par leur créativité combative. On frôlerait presque le manichéisme. Et pourtant, cette mini-série de six épisodes ne se borne pas à des clichés d’activisme politique. 

© Netflix

Qui ne risque rien n’a rien, et qui risque tout perd tout. 
On sent bien que chaque personnage peut vriller, déraper, glisser dans la violence destructrice. En choisissant des sujets qui font à peu près consensus, nous sommes placé.e.s du côté des cinq jeunes militants. Nous éprouvons pour eux de l’empathie, nous adhérons à leurs causes, nous serions presque prêt.e.s à tout leur pardonner. C’est là que la série nous attend au tournant : la fin justifie-t-elle les moyens ? Jusqu’où irions-nous dans l’acceptation ou dans l’action pour nos idées ? Quand la Vague prend de l’ampleur, qu’elle se répand sur les réseaux sociaux, les choses deviennent hors de contrôle. La Vague pourrait devenir un tsunami violent et destructeur, mais sûrement plus impactant. C’est le risque à prendre ou à laisser. La question des idéologies appliquées à ces communautés virtuelles et instables est essentielle. C’est bien là une nouvelle masse compacte et influençable qui peut donner de la résonance aux combats d’aujourd’hui ou les faire entrer dans une spirale de la violence incontrôlée. L’inspiration de la série vient du célèbre roman La Vague de Todd Strasser (1981), adapté au cinéma par Dennis Gansel. Ce sont bien les mêmes enjeux qui sont traités, même si l’intrigue est renouvelée. 

© Netflix

Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.
Le roman de Todd Strasser retrace l’expérience menée par un professeur d’Histoire au Lycée Cubberley de Palo Alto en 1969. Pour expliquer à ses élèves le fonctionnement des fascismes, ce professeur crée avec sa classe un mouvement avec les caractéristiques fascistes : slogan, geste, drapeau, signes distinctifs… Alors même que cette expérience a pour but de démonter les processus d’endoctrinement, les lycéens se prennent au jeu… Délation, sentiment d’appartenance, régression de la nuance et de l’argumentation en classe, exclusion des autres, engouement, absence d’esprit critique, obéissance aveugle : le professeur dévoile comment des centaines d’individus peuvent se laisser enrôler par une idéologie et ainsi participer à un système totalitaire. Le roman tiré de cette expérience est passionnant : sans grand discours théorique sur le fascisme, simplement à hauteur de jeunes femmes et de jeunes hommes confronté.e.s aux structures totalitaires. Avec son histoire personnelle, son caractère, son mode de réflexion, chacun.e réagit de manière différente, même si la majorité devient soumise et actrice de l’instauration d’un système totalitaire. La série ne reprend pas l’intrigue, mais à travers les différents personnages, on assiste à une psychologie de l’activisme politique, de ses possibilités de changer le monde ou de dévier. Avec des personnages attachants, une intrigue prenante, et des réflexions ouvertes sur le risque que représentent les réseaux sociaux comme nouvel espace de communication et possiblement de propagande, la série nous embarque. Finalement, changer le monde, ça tient à quoi ? Est-ce possible ? Cette masse compacte et sans conscience des réseaux sociaux pourrait-elle devenir in extremis un levier politique ? Illusion virale d’avoir une portée politique, engrenages de violence, injustice capable de justifier l’injustifiable, rêves et réalités, besoin d’appartenance et de reconnaissance, mal-être et idéaux d’une jeunesse en quête de sens : tout se mêle et nous entremêle avec plaisir. On vous recommande cette mini-série très bien menée, plaisante, engagée, critique… Elle donne du grain à moudre, sans prendre la tête, l’équilibre est plus que réussi ! 

Neige au balcon, Netflix dans mon salon !

Retrouvez Nous, la vague réalisé par Jan Berger, Dennis Gansel et Peter Thorwarth sur Netflix juste ici

Article rédigé par Elisabeth Coumel.

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