Recette pour la gloire et la beauté (de l’art) avec L’Arabe du Futur

Vous conseiller L’Arabe du Futur de Riad Sattouf alors qu’il est sorti début novembre peut sembler étrange, mais soyons fidèle au précepte qui dit qu’il n’est jamais trop tard, surtout à l’approche de Noël. Ce retard était donc calculé avec soin pour vous laisser le temps de lire (ou relire) tous les tomes de L’Arabe du Futur et de rajouter ce nouveau-né, dans votre liste adressée au papa Noël. (Bannière © Allary Éditions)

Si vous aimez la bande dessinée, vous avez sans doute déjà entendu parler de Riad Sattouf, que ce soit avec Les Cahiers d’Esther, La Vie secrète des jeunes ou encore L’Arabe du Futur qui a connu un succès fou et dont le premier tome, traduit en 17 langues, a reçu le Fauve d’or du meilleur album au festival de BD d’Angoulême. Pourquoi cette série suscite tant d’émoi au sein des petits rats de bande dessinée ? Si vous aussi lecteur.ice.s, illustrateur.ice.s en galère, votre rêve le plus fou est d’écrire des bandes dessinées mais n’osez pas vous jeter à l’eau (ou à l’encre), ouvrez vos grands yeux car je vais vous donner la recette pour écrire un futur best-seller (cela fonctionne aussi avec poètes, romancier.ère.s ou dramaturges).

© Allary Éditions

Le thème, l’ingrédient phare d’un bon best-seller

L’ingrédient le plus important de votre recette est le thème de la bande dessinée. Riad Sattouf mise sur une autobiographie en racontant son enfance et dans le dernier tome tout particulièrement, son adolescence. Cette période ingrate est la plus intéressante par ses dramas et le début des émois amoureux. L’auteur nous fait revivre le collège avec toutes ces histoires de populaires, les « dominants », celles des « moyennement beaux » et des « moches ». Que l’on appartienne à une catégorie ou l’autre, nous suivons avec la même intensité l’histoire du jeune Riad et rions de ces clichés ambulants que nous étions (et que nous sommes peut-être encore). Sattouf peint admirablement bien ces adolescent.e.s, finesse que l’on retrouve par ailleurs dans La vie secrète des jeunes. Le quotidien et les questionnements de l’adolescent ajoutent une touche d’humour à l’intrigue et désamorcent la tension et l’angoisse qui est présente. Le.la lecteur.ice ayant une passion malsaine pour le malheur des autres, plus triste est votre histoire, plus votre succès est grand. Le dernier tome de L’Arabe du Futur répond à nos besoins puisque l’auteur y relate l’enlèvement de son frère et la dépression de sa mère. Néanmoins, parce que le drame est raconté du point de vue de l’adolescent plutôt que de celui de l’adulte, si l’on ressent de la compassion pour la mère désespérée, on rit plutôt que l’on ne pleure.

Pour un best-seller réussi il ne faut surtout pas oublier une bonne dose de biculturalisme : le héros, dont la mère est française et le père syrien, est partagé entre deux cultures. Sattouf fait part de la difficulté de construire son identité. Il confronte dans de nombreuses scènes son vécu français à des souvenirs de Syrie, et de sa famille restée là-bas. Ce sentiment d’une identité floue, à la frontière entre deux mondes est partagé par de nombreux.se lecteur.ice.s, que ce soit parce qu’ils.elles sont originaires de pays différents, ou comme le déclare l’auteur, de deux régions (alliez l’Alsace et la Bretagne et vous aurez déjà un sacré choc des cultures !).

Riad Sattouf sait se faire désirer, et c’est une autre clef de son succès. Une jeunesse au Moyen-Orient (1987-1992) (le tome 4 de L’Arabe du Futur) se terminait sur un suspense insoutenable : le frère de Riad se fait enlever par son père. Il nous a fallu attendre deux ans à lire et relire toutes les bandes dessinées de Sattouf, pour connaître enfin la suite.

© Allary Éditions

La simplicité, un art de vivre et de dessiner

La complexité de l’écriture ou du dessin n’accroît pas le succès. Bien au contraire, le trait de Sattouf reste assez simple et c’est ce qui rend son œuvre accessible à tout.e novice de cet art qu’est la bande dessinée. Les couleurs ne saturent pas l’image puisque dans le dernier tome en date, elles ne sont que trois : le blanc et le bleu dominent tandis que le rouge fait quelquefois son apparition, rappelant immanquablement le drapeau français. Ce code couleur est-il la raison cachée de ce succès ? Probablement non, mais il fascine et rend compte avec aisance des changements de pays, d’ambiance. Le rose est pour le Liban et la Syrie, le jaune pour la Libye, le vert clair pour le Jersey, le bleu pour la France et le rouge pour les rêveries du jeune garçon et la fiction (les livres sont ainsi représentés en rouge).

L’ingrédient qui explique probablement tout le succès de L’Arabe du futur et qui peut être nécessaire à toute personne souhaitant devenir un.e grand.e auteur.ic de bande dessinée, c’est le partage de « trucs et astuces ». L’astuce de Charles, le grand-père de Riad a été révélatrice pour moi et de nombreux.ses lecteur.ice.s étudiant.e.s qui voudront après la lecture de cette bande dessinée adopter sa technique : découper les ordures pour économiser les sacs poubelles. Quant à ma représentation visuelle de Dieu, j’ai depuis longtemps abandonné celle de Michel Ange et d’un fumeur de Havane, pour, comme Riad Sattouf le raconte dans son autobiographie, le remplacer par Georges Brassens. Les anecdotes culturelles sont aussi importantes pour être un bon best-seller. On découvre avec l’auteur la vie de Satan et Lilith, sans avoir besoin de lire la Bible. Faites donc votre culture avec L’Arabe du futur !

Nous sommes toujours curieux.ses sur la manière dont se construit un homme, et c’est la même curiosité qui anime le jeune personnage lorsqu’il dévore Moebius et Druillet. Le.la lecteur.ice brûle d’envie de savoir comment naît la passion d’un.e artiste, comment elle se développe. Ici et au long des quatre tomes précédents on découvre la progression de ce tout jeune dessinateur, ses premières esquisses, ses premiers modèles et ses premier.ère.s admirateur.ice.s.

© Allary Éditions

Voilà donc la recette pour une bande dessinée plus que parfaite ! Il ne vous reste plus qu’à tenter de la reproduire chez vous, et si le résultat ne vous convient pas, que vous n’êtes pas un.e illustrateur né.e, rendez-vous en librairie pour vous procurer l’exemplaire de L’Arabe du futur, Une jeunesse au Moyen-Orient (1992-1994).

L’Arabe du futur, Une jeunesse au Moyen-Orient (1992-1994), publié chez Allary Éditions.

Article rédigé par Kaia Kapica.

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