Nos lectures à offrir – La sélection littéraire de la Rédac’

Offrir un livre peut sembler banal et facile. Mais c’est surtout, selon nous, un cadeau très personnel. C’est choisir de transmettre une partie de soi à quelqu’un, de lui proposer une expérience que nous avons vécue et aimée. Mais c’est aussi prendre le temps de la réflexion : pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? C’est attendre avec impatience que la personne le lise, afin de pouvoir ensuite partager et échanger ensemble sur notre lecture.  Alors, voici les ouvrages que nos rédacteur.ice.s pourraient offrir à une personne qu’ils aiment. (Illustration de couverture © Eva Habasque)

Simon
La Rivière et son secret, des camps de Mao à Jean-Sébastien Bach, Zhu Xiao-Mei (2007)
Zhu Xiao Mei est une pianiste mondialement connue. À travers ce livre, elle raconte son histoire et ses rencontres, de son pays natale la Chine, jusqu’à ses voyages aux Etats-Unis et en France. Elle nous transmet à la fois la souffrance qu’elle a ressentie dans les camps créés par Mao en 1950 (« laogai« ) mais aussi sa passion pour la musique et en particulier pour le piano. Comment en effet ne pas tomber sous le charme de sa façon de jouer du piano ? Pour elle, les touches sont comme des couleurs et jouer un morceau est pour elle comme peindre un tableau. Un dernier petit conseil si votre curiosité vous titille, écoutez-la jouer après avoir lu le livre. C’est magnifique !


Ambre
Moi les hommes, je les déteste, Pauline Harmange (septembre 2020)
Le livre qui a fait coulé tant d’encre, qui a suscité tant de réactions, qui a fait bondir toute une partie de la population qui voyait dans le titre une provocation déloyale et inutile. J’ai voulu me faire mon propre avis. Verdict : pas une once de haine, dans ce pamphlet extrêmement bien écrit, mais plutôt une ode aux femmes et à la sororité. Décidément, nous n’avons pas encore appris à ne pas juger un livre à sa couverture.


Manon
Histoire de fantômes du Japon, Benjamin Lacombe (2019)
Quelle meilleure occasion que Noël pour offrir un objet si spécial qu’un ouvrage de Benjamin Lacombe ? Illustrateur de talent, créateur d’univers, cet artiste s’entoure des contes et histoires les plus connus (Le Petit Chaperon Rouge, Blanche-Neige, Notre-Dame de Paris, Alice au Pays des Merveilles) et les accompagne de ses sublimes dessins. Le tout donne des ouvrages précieux, étranges, uniques, de ceux que l’on veut mettre en avant sur l’étagère, de ceux que l’on ose à peine toucher de peur d’en abîmer les pages. Ici, l’illustrateur reprend un recueil compilé par Lafcadio Hearn, Histoires et fantômes du Japon, et nous plonge au fil des pages dans l’univers merveilleux et mystérieux de légendes japonaises. À mettre entre les petites mains, comme les grandes, les ouvrages de Benjamin Lacombe sont de véritables petites pépites de beauté.


Elisabeth
La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Philippe Delerm (1997)
Un livre à picorer, dans le désordre, au fil des jours. Chaque très court chapitre déploie un plaisir simple, un souvenir nostalgique, une sensation délicieuse… « l’odeur des pommes » ; « on pourrait presque manger dehors » ; « l’autoroute la nuit » ; « appeler d’une cabine téléphonique » ; « lire sur la plage » : autant d’expériences minuscules que l’auteur nous fait revivre de sa plume délicate. Il nous initie à l’attention de l’instant présent, et les possibilités d’émerveillement qu’il renferme. Un beau cadeau plein de surprises à ouvrir tout doucement, pour faire durer le plaisir.


Kaya
La Saga Grimr, Jérémie Moreau (2019)
La neige vous manque ? Vous rêvez d’aller en Islande mais vous n’avez pas le budget ? Laissez vous tenter par un voyage low cost (mais de qualité !) direction La saga de Grimr ! Pour le prix d’une bande dessinée vous découvrirez de magnifiques paysages peints à l’encre et vous entrerez (expérience unique) dans le cœur d’un volcan encore actif, et la seule chose qui en sortira brûlée, c’est votre cœur mesdames et messieurs, car à chaque page de votre lecture vous brulerez d’impatience de connaître la suite des aventures de ce héros semblable à l’Islande, indomptable et sauvage, promis à un grand destin. Entre amour, combat, chiens et dessins magnifiques, cette BD à tout pour plaire, n’hésitez plus et courrez acheter cette invitation au voyage par Jérémie Moreau ! Et pour ceux qui ne se déplacent pas sans garantie trois étoiles, La Saga de Grimr a reçu le Fauve d’Or au Festival d’Angoulême en 2018. 


Lucile : 
La Mécanique du Coeur, Mathias Malzieu (2007)
Je pense qu’il est important d’offrir à une personne que l’on aime un livre qui nous tient à coeur, qui nous a marqué et touché. C’est pour cette émotion et cette sensibilité que j’ai choisi « d’offrir » l’un des livres que j’aime le plus pour son monde surréaliste et sa poésie envoûtante : La Mécanique du Coeur. Pour moi, il est la plus belle métaphore du rapport à l’amour, de cette passion, de ses relations humaines mais aussi du rejet de la différence. Car Jack avait un coeur défectueux et gelé, remplacé par une horloge à sa naissance. Alors Jack vit avec une horloge dans le coeur et doit éviter toute charge émotionnelle et surtout, surtout, éviter de tomber amoureux. Bienvenue dans un monde où on manie la langue française avec tendresse et où chaque mot à une signification poétique qui nous donne envie de rêver encore et encore, le temps de 177 pages.


Pierre :
Blast, Manu Larcenet (2010)
Il s’est passé quelque chose avec Polza Mancini. Le surgissement d’une sensation nouvelle qui lui a fait percevoir le monde d’une tout autre manière, la première fois c’était à la mort de son père. Il a quitté sa maison et sa vie de petit écrivain pour se laisser errer sur les routes, dans l’espoir de revivre à nouveau ce qu’il appelle le « blast« , cette explosion de couleurs dans son monde si gris. Et il a bien dû se passer quelque chose, autrement il ne serait pas là au commissariat en train de se faire interroger par des inspecteur.ice.s de police. Déjà dix ans que cette série de romans graphiques est sortie et elle reste une de mes expériences de lecture les plus intenses. Parce qu’elle révèle l’étendue du répertoire de son auteur. Parce qu’il est difficile d’oublier la beauté et la dureté de certaines cases. Parce que c’est une œuvre pleine de vie dont je ne cesserai jamais vraiment de conseiller la découverte.


Alix : 
Pico Bogue, Dominique Roques et Alexis Dormal (2008 à 2020)
Plongez-vous dans le quotidien de Pico, cette tignasse rousse entourée de ses parents, sa petite sœur Ana, et son meilleur copain de galères Charlie. Le petit bonhomme ne garde pas sa langue dans sa bouche, il ose le franc-parler et rien n’est dans la demi-mesure. Seulement, vous vous rendrez vite compte que Pico a rarement tort, voire même que ses remarques peuvent être pertinentes… Dès lors, en regardant la vie à travers les yeux de Pico, vous ne pourrez que passer un bon moment comique.


Marie
Histoire du théâtre dessinée, André Dégaine (1992)
Pour les passionné.e.s de théâtre qui se languissent de l’ouverture des portes de ces lieux essentiels, voici un cadeau qui pourrait redonner du baume au cœur et faire patienter encore un peu… C’est d’ailleurs peut-être le moment de se replonger dans l’histoire du théâtre, ses grandes figures, et sa théorie. Ce livre est une merveille. Rien d’objectif ici, mais il faut bien le dire. André Degaine a écrit et dessiné son histoire du théâtre en 1992 sur la base d’une frise chronologique illustrée. On peut tout aussi bien se plonger dans la lecture de cette véritable encyclopédie de la première page à la dernière, ou bien en choisissant une thématique, un moment, un dramaturge. C’est beau, c’est pédagogique (les profs de théâtre en raffolent lorsqu’il s’agit notamment de montrer l’orchestra du théâtre grec), c’est riche, c’est passionnant !


Candice :
Peau d’homme, scénario d’Hubert et dessin de Zanzim (juin 2020)
Pour ma part, je choisirai une BD. Puisqu’en plus de proposer une expérience de lecture, c’est offrir un bel objet. Peau d’homme raconte l’histoire de Bianca, fille de bonne famille, qui souhaite connaître l’homme qu’elle doit épouser. Pour ce faire, elle va revêtir une « peau d’homme » et partir à la découverte de ce que l’on cache aux jeunes femmes. Ou comment allier des dessins somptueux à une histoire qui reprend les codes du conte de fée, en mettant l’accent sur le féminisme tout en légèreté. Les sujets sont traités avec une immense tolérance. Tout ce dont on a besoin et que je souhaite transmettre aux gens que j’aime.


Alice
Pas dans le cul aujourd’hui : lettre à Egon Bondy, Jana Černá (2014)
Votre amoureux.se ou votre crush (ou même un.e ami.e, ne nous interdisons rien) sera d’abord interpelé.e par ce titre pour le moins étonnant, qui explose encore plus que l’orange vif de la couverture de ce texte traduit en français par Barbora Faure. Entre rire et gêne, sa curiosité sera piquée… Allez, il est temps d’ouvrir le petit livre, et d’en découvrir davantage. C’est à l’intérieur que la véritable explosion a lieu : une déclaration d’amour à la fois mordante, terriblement sensuelle et érotique, profondément émouvante, se déploie avec une liberté remarquable pour une poétesse – déjà – écrivant de surcroît dans le contexte répressif de la Prague post Seconde Guerre mondiale. Mais Pas dans le cul aujourd’hui n’est pas qu’une déclaration d’amour, c’est aussi, et peut-être surtout, un manifeste vibrant pour la liberté, qu’elle soit politique, intellectuelle, poétique ou bien, vous l’aurez compris, sexuelle. C’est jouissif, littéralement !

Retour à Reims, Didier Eribon (2009)
Né.e à Reims, tu retournes un jour dans la ville de ton enfance. Tu prends une photo de la cathédrale, tu l’envoies à tes parents. Et là, tu penses à tes parents. Et tu penses à ce qui vous rapprochait. Presque tout vous sépare désormais. Ce trou béant entre toi et les tiens – sont-ils encore seulement les tiens ? -, tu peux tenter de poser dessus un concept sociologique : tu es ce qu’on appelle un.e « transfuge de classe ». Ce mot est utile, mais il n’est pas suffisant. Il ne rebouche pas le trou. Et puis, tes parents se vexeraient. Ils ne le comprendraient pas. Au reste, vous ne vous comprenez plus depuis un certain temps. Un autre jour, plus tard, tu t’assois sur un gros siège rouge du Théâtre des Célestins. Tu vas voir Retour à Reims, le texte de Didier Eribon, dans une mise en scène de Thomas Ostermeier. Peu importe ce que tu as pensé du spectacle, tu pleures. Tu pleures parce qu’au-delà même des souvenirs attachés à Reims, tu te reconnais un peu dans ce qu’écrit Didier Eribon. Tu pleures et tu t’étonnes : tu as été touché.e par un sociologue. On te prête le livre : tu pleures à nouveau. Tu te dis que ses mots à lui seront mieux acceptés que les tiens. C’est décidé, un jour, tu offriras le livre à tes parents. Et si ce jour était venu ?

Et vous, quel ouvrage offririez-vous à une personne que vous aimez ? 

Article rédigé par la Rédac’, sur une idée originale de Candice Grousset.

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