Haut et beau. High Life, de Claire Denis

Tout comme la culture se fait oublier des discours politiques, le sort des salles de spectacles et de toutes les personnes qui vivent de la création et de la diffusion des œuvres est passé sous silence. Comme si ce n’était pas grave, comme si ça ne comptait pas. Comme si ce n’était pas justement l’art, dans tout son pouvoir paradoxal qui nous permettait de tenir dans ce moment, en nous proposant de nous évader pour aller comprendre un peu mieux le monde qui nous entoure. Alors que la seule certitude sur laquelle nous pouvons consciemment et avec assurance poser des mots est que quelque chose ne va pas… Alors, chaque main tendue, chaque parcelle de réponse dans cet océan de brouillard fonctionne comme une mesure salvatrice qu’il faut savoir prendre, pour ne pas qu’elle disparaisse. Encore une fois, c’est du côté d’Arte que nous sommes allé.e.s puiser notre eau, parce qu’une entreprise qui nous veut du bien, c’est beaucoup trop rare pour ne pas le souligner.

Aujourd’hui, on vous parle de High Life, réalisé en 2018 par la française Claire Denis, qui résonne en nous comme l’écho d’une fusée qui vient de décoller et qui part se perdre dans l’immensité du vide. Disponible jusqu’au 21 novembre sur Arte TV et sur leur chaine Youtube(Bannière : High Life – Wild Bunch distribution)

Robert Pattinson dans High Life © Wild Bunch Distribution

Sciences et fictions

Quand on lui demande si elle considère High Life comme un film de science-fiction, Claire Denis soupire.

Elle ne sait pas. C’est que la question en appelle d’autres, et que les réponses, ce n’est pas vraiment ce qui l’intéresse. Le film expulse d’ailleurs très vite le schéma narratif auquel nous sommes habitué.e.s. Monte, le personnage principal, n’a pas de quête, pas de grand destin, ce n’est pas un pionnier spatial. Dans les décors métalliques et froids du vaisseau, les sons d’ordinateurs sont remplacés par des pleurs d’un bébé. Car papa travaille, alors ce sont les écrans qui jouent le rôle de baby-sitter, c’est comme ça que Willow apprend le monde. Et puis, on découvre la routine. Cueillir les légumes dans le jardin pour manger le soir, jouer un peu, et c’est l’heure de dormir. La trivialité du quotidien éclate cependant lorsque Monte entre dans une chambre froide, où des corps reposent. On avait presque oublié l’espace, mais il revient à nous dans toute sa cruauté de lieu qui nous est hostile. Que s’est-il passé, dans ce vaisseau presque fantôme ? Ce sont les flashbacks qui nous le montrent, on découvre la mission avortée, tous les criminels envoyés en pâture dans l’espace pour redorer leurs noms, dont Monte faisait partie, et leur cheffe de bord, obsessionnelle et envoutante médecin aux mœurs peu recommandables interprétée par Juliette Binoche. High-Life est donc un film de science-fiction, mais pas comme on en a l’habitude : il ne s’agit pas ici de s’émerveiller devant les avancées technologiques qui nous attendent, mais bel et bien de questionner les comportements humains dans un monde où l’organique se fait prisonnier du vide.

Juliette Binoche dans High Life © Wild Bunch Distribution

Où est l’espoir ? 

Prisonniers d’un grand tout, accrochés à la vie par des rapports quotidiens avec une force supérieure et invisible. C’est la vie de Monte et de Willow. Le vaisseau les séquestre. On entend presque un rire diabolique au loin.  Très vite, on comprend qu’il n’y a plus d’espoir, seulement de la survie. Pourtant, lorsque le film s’arrête sur ces deux êtres qui vivent en co-dépendance totale, on se surprend à trouver ça beau. La figure de cette enfant qui représente tout ce qui pourrait aller bien nous aide presque à comprendre les agissements du Dr Dibs. A travers Willow, c’est l’humanité entière qui pourrait être pardonnée, s’il n’y avait pas tout le reste. De l’espoir, donc, il y en a peu pour eux. Ils ne reviendront jamais sur Terre, et tout leur voyage consiste à l’accepter. Mais pour nous, spectateur.ice.s, Monte et Willow sont une source inépuisable d’espérance. A l’écran, on voit se dessiner une figure masculine loin de tous les stéréotypes du genre. Le jeu de Robert Pattinson, tout en douceur et en subtilité, s’écarte tellement de tout ce que nous avons l’habitude de voir qu’il nous prend à rêver d’un monde où cela serait la norme. Ce n’est pas un héros spatial en soif de reconnaissance qui tente de sauver l’humanité, c’est un père résigné qui fait preuve d’une abnégation rarement vue au cinéma. Et ça nous fait du bien, autant que ça lui fait mal. 

High Life © Wild Bunch Distribution

Retrouvez High Life jusqu’au 21 novembre et beaucoup d’autres œuvres sur le site ARTE TV ou sur la chaîne Youtube d’Arte.

Article rédigé par Ambre Bouillot.

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