Nos lectures au coin du feu – La sélection littéraire de la Rédac’

Et oui, c’est l’heure des coups de cœur litté’ de la rédaction de l’Envolée ! La période n’est pas facile, mais cette sélection a pour but de vous inspirer et de vous donner des idées de lectures propices à cette saison. Nous devons rester chez nous, mais profitons-en pour prendre le temps de lire et de s’évader. N’oubliez pas : si un ouvrage vous plaît, passez par votre librairie préférée ! (Bannière : © Huihui)

© Jasu Hu

Elisabeth : 

Gare à Lou !Jean Teulé (2019)

Dans un futur qui ressemble beaucoup à notre présent, avec quelques fantaisies technologiques en plus, une gamine détient un drôle de pouvoir… Il lui suffit de dire “Je voudrais qu’ils se retrouvent engloutis sous une bouse d’éléphante!” ou encore “C’est lui qui n’a qu’à devenir une poule! » et ça se réalise ! La collégienne va retenir l’attention du gouvernement : n’est-ce pas l’arme idéale pour le pays ? Mais c’est sans compter sur son caractère et ses fantaisies. Une véritable farce : facile à lire, légère, satirique, dont les péripéties loufoques laissent apparaître une réflexion plus large sur le pouvoir et la justice. Ici, le karma a les dents en avant et s’appelle Lou : alors gare à vous !


Manon

Terre des oublis, Duong Thu Huong (2002)

Autrice et dissidente politique vietnamienne, Duong Thu Huong a l’art de mêler l’intime au politique. Ses romans, oscillant entre intrigue amoureuse et/ou psychologique et contexte politique tendu, sont connus pour être des critiques très fortes du régime communiste post-guerre du Vietnam et des manifestes de lutte pour la démocratie et la liberté. Avec Terre des oublis, le roman qui l’a révélée au public français, l’autrice nous fait voyager dans la montagne vietnamienne. Si l’histoire à première vue parait plutôt simple (Miên, une jeune femme, vit paisiblement avec Hoan, son mari aimant, jusqu’à ce que Bôn, son ancien mari que tout le monde croyait mort à la guerre, ressurgit du passé et la réclame, comme l’indique la tradition), ce sont surtout l’écriture sensorielle et les descriptions délicieuses des paysages, des effluves, des mets vietnamiens qui nous transportent pendant 700 pages dans un ailleurs à la fois meurtri par la guerre, et riche de sa beauté sauvage.


Marie : 

Les Années, Annie Ernaux (2008)

C’est sans doute le texte le plus achevé d’Annie Ernaux, une réussite qui tient dans l’exercice même qu’elle s’est donné : écrire sur sa vie, de ses premiers souvenirs en 1945-1950, à aujourd’hui. Dans de nombreux de ses écrits, Annie Ernaux travaille la mémoire personnelle comme un véritable matériau littéraire. Mais ici, elle ne part pas de la nécessité de mettre en mots un événement traumatisant – je pense notamment à La honte ou L’événement – mais elle procède par un décorticage du temps périodisé selon deux entités distinctes : sa propre vie – avec l’aide de photographies d’archives et d’écrits personnels – et celle de la société française avec son lot de bouleversements. Une aventure ambitieuse, qui parvient à “sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais”.

© Jasu Hu

Candice

Mes biens chères soeurs, Chloé Delaume (2019)

Quel bonheur de lire cet ouvrage ! Une ode à la sororité qui fait tellement de bien. Chloé Delaume qualifie l’après “Me Too” de quatrième vague du féminisme. Son essai est un appel à poursuivre la révolution en marche, nous devons continuer de nous indigner et de militer. C’est un livre nécessaire pour comprendre ce que vivent encore les femmes de nos jours. L’humour est incisif, le ton est cassant, le texte pourrait être mis en musique car les phrases sont toutes rythmées et engagées. C’est un ouvrage bref mais prenant, qui fait parfois mal mais surtout beaucoup de bien. Le patriarcat est encore bien ancré dans nos vies et ce n’est pas le moment d’arrêter la lutte. Mes soeurs, aimons-nous, soutenons-nous ! 


Ambre

Lettre à un jeune poète, Rainer Maria Rilke (1929) 

Tiraillé entre son destin de militaire et son envie de devenir poète, le jeune Franz Kappus ne se doute pas que la lettre qu’il écrit au poète autrichien Rainer Maria Rilke, accompagnée de quelques vers de sa production, commencera une relation épistolaire dans laquelle jamais il ne répondra vraiment à la question : possède-t-il le talent de l’écriture ? Car bien loin d’un cours magistral sur la poésie, ces textes sont une entrée dans les réflexions en mouvement de Rilke, entre recommandation de lectures et pensées en tout genre dont certains questionnements sur le genre et la place de la femme sont d’un avant-gardisme remarquable (devons-nous remercier pour cela celle qui a eu un si grand impact sur sa vie, la première femme psychanalyste Lou Andreas Salomé ?). Lettre à un jeune poète fonctionne comme un laboratoire de sagesse, destiné à toutes et tous. « Ne cherchez pas pour l’instant des réponses, qui ne sauraient vous être données car vous ne seriez pas en mesure de les vivre. Or il s’agit précisément de tout vivre. Vivez maintenant les questions. »

Drosophilia, Mardi Noir et Quentin Zuttion (2020) – BD

« Drosophile » : n.f. du grec « drosos », la rosée, et « philos », qui aime. 

La chaleur estivale rend la vie parisienne d’Alex, 30 ans, presque insupportable. Ou alors, c’est peut-être aussi sa relation tendue avec Camille, et les problèmes de communication avec sa meilleure amie. Ou alors, ce sont ces mouches qui s’immiscent partout. Ou alors c’est tout ça, et autre chose, et rien en même temps. C’est un malaise qui s’est installé sans vraiment qu’on sache comment. Pour y remédier, Alex s’en va. Elle fuit les mouches et Paris à la recherche d’affection à donner et à prendre. Une œuvre fantastique, dans tous les sens du terme, où l’étrange et le sublime se côtoient parfaitement.

© Pinterest

Lucile

Baume du Tigre, Lucie Quéméner (2020) – BD

Faut-il fuir ou rester dans une famille bloquée dans des codes culturels basés sur des traditions anciennes et patriarcales ? Dans Baume du Tigre, des histoires se mêlent et s’entremêlent entre femmes, entre soeurs, entre différentes générations mais avec des buts précis et surtout une immense quête de liberté. Mais au contraire, faut-il alors renoncer à sa liberté, mettre son indépendance de côté, pour ne pas perdre un lien familial si fort ? Des tonnes de questions se posent dans Baume du Tigre, auxquelles nous ne trouverons pas toujours les réponses, mais c’est aussi ce qui fait toute la beauté de cette histoire.

Pierre

L’Enfant et le Maudit, Nagabe (2015) – MANGA

Sheeva est une petite fille qui vit dans une maison au beau milieu des bois, là où les humains du Royaume de l’Intérieur ne se risquent plus depuis des années, depuis qu’une malédiction touche tous ceux qui s’y attardent trop longtemps. Mais Sheeva ne vit pas seule, elle partage sa vie avec le Professeur, un être à l’apparence monstrueuse atteint par ce même mal qui se transmet par simple contact. Il s’est pourtant promis de s’occuper d’elle et de la protéger à tout prix, malgré le risque permanent de la contaminer au moindre toucher. Avec les magnifiques contrastes en noir et blanc et le trait tout en finesse de ses dessins, l’artiste Nagabe nous offre une fable subtile sur la peur du monde extérieur et de l’inconnu tout en proposant un format « tranche de vie » qui ne nous donne qu’une envie : celle de rester bien au chaud dans cette maison dans les bois avec Sheeva et le Professeur.

Retrouvez-nous le 15 décembre pour une nouvelle sélection littéraire !

Article rédigé par la Rédac, sur une idée originale de Candice Grousset.

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