Numéro Zéro

Car il est plus qu’important de soutenir nos libraires indépendants en ce moment, L’envolée Culturelle vous parle aujourd’hui de Numéro Zéro d’Umberto Eco, sorti en 2015. Un voyage dans le Milan des années 90, une théorie du complot, une dose d’amour et une pincée d’humour… De quoi vous évader pleinement. (Bannière © Editions Grasset)

© Editions Grasset

La lumière ou l’obscurité : le questionnement de la vérité

Lecteurs, lectrices, glacez-vous d’effroi en lisant l’incipit in medias res qui vous propulsera au cœur de l’action et du mystère :

« La peur de mourir donne souffle aux souvenirs. »

Umberto Eco

Des souvenirs, c’est ce dont nous fait part le narrateur, Colonna, ancien journaliste qui n’a pas réussi à percer dans le métier. On le recrute pour écrire un journal avec six autres personnes. Un journal qui ne verra peut-être jamais le jour, un journal à la demande d’un magnat puissant et mystérieux appelé le « Commandeur ». À la clé : un salaire de quelques millions d’euros ! Une sorte d’Envoyé Spécial pour mettre la pression et faire trembler les cercles de la finance et de la télévision que fréquentent de nombreuses personnes influentes en dévoilant toute vérité compromettante. Braggadocio, un des rédacteurs, va mener une enquête en parallèle sur Mussolini qui ne serait pas mort en 1945. Il va alors connaître la tension, l’inquiétude mais aussi l’excitation de celui qui tient entre les mains une bombe avant qu’elle n’explose. Le livre pose donc la question de la quête de la vérité et de la philosophie des Lumières : faut-il dévoiler au monde la vérité mais prendre le risque qu’une personne mal intentionnée soit au courant ? Ou se taire et laisser les citoyens dans l’ignorance ? C’est cette manipulation de l’information qui existe encore aujourd’hui qu’a voulu mettre en avant Eco dans une satire des médias. Pensons, aujourd’hui, aux médias qui peuvent montrer certaines images en fonctions de leur convictions politiques, aux Fake-News sur Internet mais aussi au choix d’enseigner l’histoire à l’école de façon chronologique, qui n’est pas anodine. Comme si l’histoire était un cheminement d’étapes qui avait donné notre société moderne et développée. On pourrait très bien apprendre l’histoire du point de vue des femmes ou bien celui des populations qui ont lutté contre les discriminations. 

© Umberto Eco

Quand l’histoire fait des histoires  

Ce qui est étonnant dans ce roman d’Eco, c’est la combinaison d’une écriture empreinte d’une certaine émotion et d’un peu d’humour mais dont les évènements historiques méritent une certaine connaissance du sujet. Dans Numéro 0, Colonna est proche de Braggadocio qui lui confie ses découvertes, ses doutes et ses questionnements. Mais il est tout aussi proche de Maïa, une jeune femme atteinte d’un léger trouble autistique et pour qui il va s’éprendre. Même si le récit se focalise principalement sur ces relations privées qu’entretient Colonna avec Braggadocio et Maïa, il ne faut pas oublier les réunions pleines d’humour qu’ont les rédacteurs pour trouver des idées de « réponses les plus idiotes à un pourquoi tout aussi idiot » et qui peuvent laisser échapper un sourire au.à la lecteur.trice.

« Pourquoi les bananes poussent-elles en hauteurs ? Parce que si elles poussaient au sol elle seraient mangées par les crocodiles.

Umberto Eco

On peut cependant, et c’est à la fois un point faible et l’un des points intéressants du libre, être très vite perdu.e dans les évènements historiques évoqués comme les cellules stay-behind (réseaux clandestins coordonnées par l’OTAN pendant la Seconde Guerre mondiale dont la plus célèbre est Gladio « Glaive »). Cela peut gêner pour une compréhension parfaite et nécessite parfois des recherches supplémentaires… pouvant cependant éveiller une curiosité historique. 

N’oubliez pas de soutenir vos libraires indépendants pendant ce reconfinement, grâce notamment au dispositif Click & Collect !

Ça se passe juste ici.

Article rédigé par Simon Ben Sadoun-Barthollet.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s