L’Oasis ou la naissance d’un jardin

C’est la rentrée, c’est la grisaille, rien de bien enthousiasmant ? Il suffit peut-être d’ouvrir la bande-dessinée de Simon Hureau pour qu’un Oasis émerge dans votre salon… Un jardin mort et triste comme un lundi se met doucement à vivre, à siffloter, à grouiller, à voler, à fleurir, à piailler, pour le plaisir des lecteur.trice.s enfoncé.e.s dans leur canapé(bannière : © Editions Dargaud)

« Je ne sauverai pas la planète. Mais sur notre modeste parcelle d’écorce terrestre, la vie va plutôt bien. » 
Comment un citadin quitte du jour au lendemain son métro pour mettre les mains dans la terre de son jardin ? Grâce à Nicolas Hulot bien sûr ! Quand le ministre de l’écologie démissionne à la radio, Simon Hureau a le déclic : celui qui fait passer des rêves aux actes, des idées aux décisions. Alors c’est parti ! Adieu la ville et les bouchons, bonjour la verdure et le grand air ! Oui, sauf que Simon et sa petite famille arrivent dans un jardin mort et triste : rien qui ne ressemble de près ou de loin à l’image romantique de la campagne française. Ils retroussent alors leurs manches pour faire de leur petit terrain une véritable oasis de biodiversité. Que cache ce mur terrible en bas des escaliers ? Un petit ruisseau – oui, vous avez bien lu – qui traverse le jardin en souterrain. Un petit ruisseau débarrassé de ses ordures en tout genre où les poissons et les canes pourront revenir gaiement. Et le long des grillages sinistres ? Les déchets verts des autres sont replantés pour le bonheur des yeux et des petites bêtes qui trouvent un oasis où vivre au rythme des saisons. Été, automne, hiver, printemps : le jardin se métamorphose et s’enrichit de nouvelles plantes et de nouveaux insectes. Le jardinier a juste à créer les conditions de l’harmonie, et la nature fait le reste : « Pour moi, le jardin doit rester cette sorte de quête permanente d’équilibre entre le faire et le laisser-faire, entre le dompter et le sauvage, entre le désiré et l’incontrôlable, entre l’artificiel et le naturel… » Bien sûr, il faut affronter les frelons asiatiques, la pyrale du buis et les attaques des chats sur les oiseaux. Mais cette aventure est avant tout un émerveillement quotidien, une exploration du jardin et de ses habitants que le dessinateur nous dévoile du bout de son pinceau d’aquarelle.

© Simon Hureau – Editions Dargaud

« Comment s’ennuyer dans un jardin vivant ? »
Au-delà de la biographie d’une famille et de son jardin, cette bande-dessinée est une merveilleuse encyclopédie pédagogique. A chaque page, on découvre de nouveaux papillons, des oiseaux surprenants, des petites bêtes fantastiques. On dirait un ancien inventaire avec les noms scientifiques et étonnement poétiques des insectes rencontrés par l’auteur. La peinture à l’aquarelle rend d’autant plus vivant tout ce petit monde consigné avec tendresse et humour. On voit dans la ligne du pinceau l’émerveillement de l’auteur qui nous invite à sa contemplation amusée du jardin. On découvre avec les apprentis jardiniers les trucs et astuces du jardin, les espèces à protéger, celles à contrôler – en premier lieu le chasseur invétéré : le chat. Les poules et leur incroyable appétit deviennent des atouts pour réguler les limaces qui envahissent le potager, ou encore les testacelles blanches – oui, pour moi aussi c’est un nouveau mot ! – qui s’attaquent au meilleur ami du jardinier : le ver de terre… Comme ils essayent et explorent les mains dans la terre, on apprend sans jamais s’ennuyer à chaque page. Nulle pédagogie théorique : ici, si on apprend, c’est parce qu’on essaye, et c’est peut-être finalement ça le secret du jardin : « Pour ce qui est de créer la vie et la diversité, pas besoin d’être Dieu, ou riche, ou savant ; en fait, il faut juste se salir un peu les mains. »

© Simon Hureau – Editions Dargaud

« On peut bien partager un peu ! »
Avec cet ouvrage plein de fantaisies, de joie et d’aventures quotidiennes, l’auteur nous invite sans prétention ou idéologie à regarder de plus près là où nous sommes. Quelles sont les espèces végétales qui nous entourent ? Quels insectes, quels oiseaux participent à notre espace quotidien ? Comment le rendre beau, vivant, joyeux ? Comment faire des oasis plutôt que des déserts de béton ? Il nous interroge sur la part que nous faisons ou que nous ne faisons pas, sans jamais moraliser. Une famille achète un petit terrain et en fait un lieu de vie foisonnant pour le bonheur de tous : c’est aussi simple que ça. Loin d’être un manuel de bonne conduite écologique, l’auteur nous partage avec humour ses doutes, ses erreurs, ses déceptions, ses joies de jardinier amateur. Voici ce que Gilles Clément écrit dans la préface : « Le sujet n’est pas l’extase du jardin bien dessiné, l’agrément bobo des week-ends à la campagne, le décor d’un printemps fleuri vu depuis la véranda où l’on sert un thé vert hyper-bio. Ce n’est pas non plus un projet politique, bien que tout soit présent pour le faire entendre à demi-mot. Il s’agit d’un bain, d’une immersion, d’un contact, d’une découverte, d’un étonnement : il s’agit d’un émerveillement devant l’incroyable invention du vivant dans toute sa diversité d’expression. Il s’agit d’une leçon de vie. » Et autour de cette biodiversité retrouvée, c’est tout un écosystème humain que l’on voit apparaître. Le livre témoigne de la solidarité entre voisins et amis pour un coup de main, pour de la récupération, pour des conseils. Partager : ici, ce n’est pas un vain mot, une notion floue et hypocrite. C’est le fondement d’une vie heureuse : partage d’une terre avec les plantes et animaux, partage de connaissances et de muscles entre voisins, partage de découvertes et d’aventures avec ses proches, et ses lointains aussi – ces lecteurs, petits et grands, qui rêvent d’une autre manière d’habiter leurs vies.    

Article rédigé par Elisabeth Coumel

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