Et si un autre Versailles nous était conté…

Inspiré des mémoires de Pierre de Nolhac publiées après sa mort sous le nom de La Résurrection de Versailles par son fils Henri de Nolhac aux éditions Perrin – Société des Amis de Versailles , l’ouvrage Le Château de mon père – Versailles ressuscité trônera en première place des rayonnages de la boutique du Château de Versailles. Publié aux éditions La Boîte à Bulles, cette bande dessinée proposée par Maité Labat a regroupé plusieurs collaborateur.ice.s. L’autrice s’est entourée de Jean-Baptiste Veber pour l’aider dans l’écriture de cette histoire et d’Alexis Vitrebert pour les dessins, lui-même aidé par Stéphane Lemardelé qui a storyboardé plusieurs planches de ces mémoires illustrées. (Banière : © Editions La Boîte à Bulles)

© Editions La Boîte à Bulles

Les Mémoires d’un homme pour la mémoire d’un château

Pierre de Nolhac était le conservateur du château de Versailles de 1887 à 1920 à l’époque où le château, sans être en ruines, était un lieu vétuste, désincarné, que personne ne visitait. Il servait de lieu de réception pour certaines personnalités, mais n’avait qu’une fonction « décorative » depuis la Commune. L’architecte entreprend des travaux qui dénaturent l’histoire du bâtiment et personne n’a vraiment conscience du potentiel de Versailles, ce symbole de la monarchie. Ce potentiel, c’est justement le jeune Pierre de Nolhac qui le découvre, le restaure et lui redonne ses lettres de noblesse. À force de recherches, il comprend que ce château, y compris ses collections remisées, peut devenir le témoin de l’histoire des rois de France à partir de Louis XIV.

Pierre de Nolhac est montré luttant contre sa hiérarchie qui se désintéresse quelque peu du château et de son potentiel, et la BD nous fait part de ce combat d’une vie pour réhabiliter un lieu devenu incontournable aujourd’hui, si bien qu’il semble inimaginable que cette bâtisse ait pu être si dépréciée.

Les artistes ne se sont pas contenté.e.s des mémoires du conservateur qui se concentrent vraiment sur son travail au château, sans évoquer la famille. Or le roman graphique attribue une place considérable à la famille. Il lui redonne le statut qu’elle avait perdue auprès de Pierre de Nolhac qui faisait passer le château avant tout le reste. Si on ne peut qu’admirer et louer le travail effectué par cet homme, on ne peut que constater le prix humain que lui a coûté ce palais. En intégrant cette dimension familiale au récit, on s’éloigne un peu de l’institutionnel pour revenir vers l’humain et décrire non seulement la vie de château de l’époque, la vie de conservateur mais aussi et surtout la vie d’une famille au passage d’un siècle à l’autre.

Versailles autrement

En intitulant la BD Le Château de mon père, les artistes ont décidé de rendre hommage à Marcel Pagnol et son ouvrage Le château de ma mère. La construction de cet ouvrage est très proche de celle du roman de 1957. Versailles nous est raconté par les yeux d’un fils qui livre les mémoires de son père auxquelles il joint ses propres souvenirs familiaux, donnant un côté très touchant à l’histoire de la réhabilitation de ce lieu. Les dessins à la gouache d’Alexis Vitrebert, en noir et blanc, offrent un regard très intéressant sur les perspectives et on reconnaît très bien Versailles, même si nous ne sommes pas dans de l’ultra-réalisme. Loin d’être abstraites, les représentations du château retranscrivent parfaitement l’ambiance générale du lieu. L’atmosphère versaillaise se retrouve dans les dessins et ce léger flou des dessins est finalement très proche de la notion du souvenir dans lequel nos représentations sont claires pour ce qui est de représenter une atmosphère mais beaucoup moins pour signifier des détails. Le noir et blanc ajoute une esthétique très particulière qui va dans le même sens en favorisant l’idée d’un flashback, d’une histoire ancienne, dont les contours ne sont plus aussi colorés ou délimités, mais dont la puissance évocatrice suffit à nous rendre témoin de la renaissance de ce palais.

Pour nous, visiteur.euse.s de l’édifice, on imagine mal les enjeux politiques et diplomatiques qu’ont pu être Versailles. Si on sait que le traité de la 1ère Guerre Mondiale a été signé là-bas, nous n’’imaginons pas que l’impératrice germanique s’y est rendue en cachette avec l’accord du gouvernement français ou qu’il fut le lieu d’accueil en grandes pompes du Tsar de Russie. On ne pense pas non plus aux tensions et magouilles politiques qui ont entouré sa réhabilitation à une époque où la monarchie est encore liée à de mauvais souvenirs.

Ce livre rend hommage au combat d’un homme pour réhabiliter un lieu devenu emblématique de la France et nous offre une nouvelle vision de ce bâtiment aujourd’hui auréolé de prestige, mais qui était totalement dénigré il y a peine cent ans. Ce récit de vie est très riche historiquement, bien documenté et accompagné d’un dossier sur la façon dont ont été menées les recherches qui nous en apprend encore davantage sur le personnage de Pierre de Nolhac et sur le château.

Article rédigé par Jérémy Engler.

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