A la rencontre des Inattendus

Jusqu’au 22 février, se déroule le festival Les Inattendus, festival de films « hors-normes », au Chromatique, un espace hybride entre bar, salle de concert et galerie d’art. A cette occasion, L’envolée Culturelle a rencontré Maxime Hot, chargé de programmation du festival. Qui de mieux qu’un « Inattendu » pour nous parler de cet événement à l’ambiance familiale, dont les projections, en pellicule, ou en numérique, sont toutes plus surprenantes les unes que les autres ? (Bannière : © Les Inattendus)

© Photo Manon Ruffel

Nous entrons dans ce lieu un peu caché du 7ème arrondissement : Chromatique. A première vue, un bar, plutôt classique, mais non moins chaleureux, déjà bien rempli quelques minutes avant la soirée d’ouverture du festival Les Inattendus. Au fond de la salle, des portes : surprise, nous voilà dans une salle de concert, transformée en salle de projection le temps d’une semaine. Deux projecteurs de pellicules font face à l’écran installé sur l’estrade. L’ambiance y est déjà chaleureuse. Quelques minutes plus tard, la lumière s’éteint, laissant place au miroitements des lampes frontales des projectionnistes en pleine installation de la pellicule. L’odeur, le son du moteur, le faisceau lumineux, tout y est. Ça commence…

Qui es-tu ? Quel est ton parcours ? Qu’est-ce qui t’a amené à travailler avec Les Inattendus ? 

Maxime Hot : J’ai étudié le cinéma à l’Université Lyon 2, dans le département Arts du Spectacle. J’ai fait un Master de recherche, là je me suis intéressé au cinéma expérimental. C’est à peu près à cette période que j’ai entendu parler du festival et de l’association Les Inattendus, créée depuis 1995 : j’en suis devenu un spectateur assez assidu. Avec quelques camarades de ma promo, on s’est retrouvé à travailler avec eux. Moi, ça fait une petite dizaine d’années que je suis dans l’association. Je réalise aussi des vidéos par moi-même depuis trois, quatre ans.

Tu es chargé de programmation pour le festival. Comment se déroule la sélection ? Sur quels critères vous basez-vous dans le choix des films ?

MH : D’abord, on lance un appel à projets, entre avril et juin/juillet. On reçoit en moyenne entre 600 et 800 films. Ces films sont ensuite distribués de façon individuelle à tous les membres de l’équipe de programmation. On fait un premier tri. A la suite de cette première étape, on se retrouve tous ensemble pour visionner collectivement les 200-250 films restants, jusqu’à la sélection finale. Cette année, on montre un peu plus de 100 films. 

Le festival Les Inattendus est un festival de films « hors-normes ». Quel est pour toi un film « hors-normes » ? Qu’est-ce qui fait la spécificité de ce festival ?

MH : Une des spécificités de ce festival, c’est qu’il n’est pas compétitif, comme c’est le cas de beaucoup. Pour nous ça n’a pas vraiment de sens de comparer les films entre eux. On essaye au contraire de montrer des formes cinématographiques très différentes sans les catégoriser. On montre à la fois du documentaire, des films engagés voire militants, des films expérimentaux, des films faits sur des supports argentiques (16 et 35mm), de l’art vidéo, des films très brefs de trente, quarante secondes ou très longs, de plusieurs heures… Le côté hors-normes peut concerner aussi bien la durée d’un film, le format, le genre etc. On cherche des choses qui nous surprennent, qui déplacent nos habitudes et nos attentes de spectateurs, donc tout ce qui peut être de l’ordre de l’hybridation formelle, des croisements… De la même manière, dans l’équipe, il y a des sensibilités assez différentes : il y a des gens qui viennent du documentaire, qui sont cinéastes par ailleurs, des gens qui sont plutôt proches de l’art contemporain, de l’art vidéo, du théâtre aussi, ou des personnes plutôt intéressées par le cinéma expérimental, comme moi. Mais finalement, on s’accorde tous sur notre idée du cinéma, afin de proposer un tel éventail de formes, de démarches différentes, pour pouvoir aiguiser la curiosité de tout le monde, créer la surprise. 

© Les Inattendus

Chaque film est entrecoupé de discussions avec les artistes lorsqu’ils peuvent être présent.e.s, dans une ambiance très familiale, où tout le monde discute du film que l’on vient de voir. Et de manière plus générale, on ressent beaucoup ce côté familial, collectif dans l’ambiance du festival.

MH : Oui, on invite systématiquement les auteur.ice.s quand ils.elles le peuvent à être présent.e.s pour le festival. C’est très important pour nous mais surtout pour les spectateur.ice.s et pour les artistes : ce sont des gens qui n’ont pas beaucoup d’espaces de paroles ou de visualisation pour leurs films. On essaye de ne pas adopter un côté professoral : on est là pour échanger, discuter, partager des idées mises en avant par les films. On essaye de faire cela de la manière la plus simple et familiale possible. Ce petit temps d’échange peut aussi être prolongé après la séance dans le bar et les espaces attenants à la salle de projection. D’ailleurs le choix du lieu fait partie de cette même idée. C’est notre première année à Chromatique, que l’on connaissait déjà avant qu’il soit repris. On avait envie de profiter du dynamisme du quartier Guillotière/Saxe Gambetta qui a beaucoup changé ces dernières années. La nouvelle équipe était tout de suite séduite par le projet du festival. C’était important pour nous de proposer un espace de convivialité après les séances, ce qui est plus compliqué voire impossible dans des salles de cinéma conventionnelles. C’est aussi une manière de lutter contre la consommation individuelle des images que l’on fait : vidéos, séries que l’on consomme chacun chez soi. On aime cette idée d’expérience collective et l’idée d’en discuter ensemble après. 

Le festival Les Inattendus se déroule tous les deux ans. L’association a-t-elle d’autres actions le reste du temps ?

MH : L’association Les Inattendus a deux versants : la partie diffusion, dont fait partie le festival tous les deux ans ; on propose aussi des séances ponctuelles, des séances en plein air plus grand public, mais toujours autour de films marginaux, d’une culture peu représentée etc… Le deuxième versant est une action de pratique par le biais d’ateliers de réalisation audiovisuelle : cela fait quatre ans que l’on mène des ateliers en collaboration avec le centre social de Gerland. Chaque année des membres de notre association, également réalisateur.ice.s, interviennent sur plusieurs mois avec des rendez-vous réguliers afin de travailler autour d’une grande thématique qui donnera lieu à un film diffusé pendant le festival. On fait aussi des ateliers d’éducation à l’image en milieu scolaire ou carcéral. 

Un mot pour donner envie à ceux.celles qui nous lisent d’aller voir du cinéma expérimental ? 

MH : Le cinéma expérimental c’est peut-être plus facile de le cerner en l’opposant au cinéma traditionnel de fiction, que l’on voit en salles ou à la télévision. Le cinéma expérimental ne raconte pas d’histoire, ou alors de manière très différente : il n’y a pas de narration, pas où peu de personnages mêmes si bien sûr il y a des nuances et des exceptions. C’est un cinéma qui s’intéresse finalement aux composants essentiels du cinéma : la lumière, le mouvement, le rythme, le faisceau lumineux même parfois. C’est un cinéma qui travaille plutôt la forme, la matière : souvent les cinéastes expérimentaux sont aussi des artisans, aussi parce qu’ils.elles travaillent souvent seul.e.s, car le cinéma expérimental a une économie assez restreinte. C’est donc presque un cinéma moins intellectuel que le cinéma de fiction traditionnel, dans lequel on doit quand même mettre en place des réflexions, une psychologie pour comprendre les personnages, l’intrigue etc… Le cinéma expérimental sollicite les sens du.de la spectateur.ice, physiquement plus qu’intellectuellement, même si c’est aussi un support pour la théorie, bien sûr. On essaye de déplacer ces étiquettes de films intellectuels ou élitistes qui sont encore persistantes sur ce genre de films. Ce qu’on essaye plutôt de mettre en avant et ce qui, moi, me touche personnellement, c’est la sensation, et je pense que ça peut toucher tout le monde sans avoir une connaissance du cinéma ou de l’art en général. On veut mettre en avant ce qu’il peut y avoir de ludique ou même de joyeux dans ces formes difficiles d’accès à première vue.

La 12e édition du festival Les Inattendus se tient à Chromatique du 14 au 22 février 2020.

Pour consulter la programmation, c’est juste ici.

Teaser du Festival Les Inattendus, 12e édition.

Propos recueillis par Ambre Bouillot et Manon Ruffel, article rédigé par Manon Ruffel.

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